Je sais, c'est mal. Disparaître pendant 19 mois, sans même laisser sur la porte un petit panneau "Work in progress", "Je reviens de suite -ou pas", "Congés annuels du 5/3/2007 au 10/11/2008", "Fermé pour cause de grippe aviaire", ce n'est pas correct. Bon, mais vous savez ce que c'est: on geste, on pond, on couve, on élève au grain et quand on prend le temps de relever la tête, 19 mois 18 ans se sont écoulés et le poussin part faire son service militaire civil. Et là, on se souvient qu'on a un blog et que si la colloc' n'avait pas assuré comme une bête en veillant sur la Cuisine verte, ben on en aurait même plus de blog... Alors qu'on a des choses à dire.


Marelle_inpes

Aujourd'hui, ce n'est pas l'envie de partager une recette mais une réflexion qui m'amène ici. J'ai récemment mené une petite recherche sur l'actuel discours de santé publique en matière de bouffe. Mais si, le Plan National Nutrition Santé de l'Institution National de Prévention et d'Education à la Santé (Inpes). Mais sssssiiiiiiiii, Manger Bouger, vous ne pouvez pas être passés à côté.
Entendons-nous bien, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, comme disait M. de Lapalisse. Je pense qu'il faut, autant que faire se peut, manger varié, équilibré, en cuisinant soi-même. Je pense aussi que si l'on peut s'épargner les colorants, les acides gras trans, les E-Quarante-douze, les pesticides et les "agents de saveur", c'est mieux. Mais la surenchère de préceptes alimentaires venant des politiques, des nutritionnistes, des magazines, de ma coiffeuse et de ma voisine, j'en ai ras la cocotte minute.

Est-ce que c'est pas un peu facile de nous dire :

  • Cinq fruits et gumes par jour. Sioupeur ! C'est évident ! Heu... Mais, en vrai, vous y arrivez, vous ? Je veux dire, en moyenne anuelle, vous arrivez vraiment à 5X365 ? Honnêtement, hein, sans compter le jus d'orange tout fait, les pommes de la tarte aux pommes de 4 heures et le chocolat parce que "ça vient d'une plante à la base".

  • 20 minutes de marche rapide par jour. Alors là, je dis fastoche ! Bon, j'ai un avantage sur mes semblables, j'habite au 4e sans ascenseur. Et d'ailleurs, ils me font rigoler avec leur "marche rapide" parce que moi, quand je pratique l'épaulé-jeté avec la chair de ma chair -11 kg-, quand je charrie des quintaux de lait, des monceaux de légumes pour assurer ma ration quotidienne et des océans de flotte parce qu'il faut en boire 1,5 l par jour... que je marche vite ou pas, je le fais mon effort physique.

  • Buvez (de l'eau) ! Lâchez les experts dans l'arène -et la vachette, Simone ! "Faut boire 1,5 l par jour" "Mais naaaan, n'importe quoi, faut boire un litre, sauf si on sue comme un porc"  "Faut faire boire mémé" "Faut écouter sa soif (d'eau, je ne le redirai pas)" etc. Finalement, c'est Patrick Pelloux, le doc médiatique, qui m'a donné la solution: faut boire quand on a soif et s'inquiéter... Quand on ne pisse plus ! Mais il paraît qu'on peut pas dire ça dans une campagne publique, parce que c'est pas glamour.

  • Evitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré. V'là l'pompon ! Ce petit message qui circule à la vitesse du Paris-Bordeaux en dessous des pubs, c'est le summum de l'hypocrisie. Nos chères têtes blondes peuvent regarder toutes les pubs pour des cookies saturés de trucs chimiques, pubs alléchantes s'il en est, car on leur dit que c'est pas bien de manger ça ! Ouf, l'honneur est sauf. En plus, un poireau dansant vient nous dire de pas grignoter entre les repas, le tableau est complet.

Pour faire contrepoint, voilà ce que m'a expliqué Philippe Lecorps. C'est un ancien professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé publique, psychologue. Bref, une autorité en la matière:

          "Ce problème a deux dimensions. D'une part, il est plus facile, pour l'Etat, de donner des consignes individuelles, de dire aux gens: 'faîtes ceci, mangez cela', plutôt que de traiter la question au fond, en encadrant la production industrielle. Dans le domaine agro-alimentaire, les lobbies sont puissants. C'est un problème éminemment politique. Deuxième dimension: l'industrie agro-alimentaire soutenue par le marketing et la publicité bloque toutes les intentions politiques qui iraient à l'encontre de ses intérêt. Un chercheur de l'Inserm a été accusé de diffamation parce qu'il avait dénoncé la désinformation menée par les grands groupes industriels sur les méfaits du sel."

Le chercheur en question, c'est Pierre Méneton, et il a gagné son procès en défense !

Curieusement, ça m'a fait du bien de réaliser que, au fond, l'Etat ne faisait pas vraiment SON boulot (assurer les conditions d'un evironnement et d'une production alimentaire sains). Ce n'est pas réjouissant, mais ça relativise sérieusement l'accumulation tous azimuts des règles du bien manger.
En attendant que le politique prenne ses responsabilités, je propose de "lutter" avec les moyens du bord, en se faisant plaisir.

Etape 1 : l'excellent article d'Annaïk-le-Confit s'inquiétant des pesticides et comparant les prix du bio
Etape 2 : l'excellent site Le point sur la table, "les consommateurs qui s'informent et échangent sur l'alimentation"
Etape 3 : Je vous en parle bientôt...